Pacifique Sud. L’obésité fait des ravages

  • 16 décembre 2014
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Le constat est sans appel et engendre l’inquiétude. L’obésité et le diabète frappent les populations des îles du Pacifique Sud, particulièrement les jeunes générations. Les raisons invoquées : le changement des habitudes alimentaires, des modes de vie et les prédispositions génétiques.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de la moitié de la population calédonienne (54,2 %) est en surpoids ou obèse, contre environ 30 % en métropole, et les enfants sont touchés de plus en plus précocement. « Ce sont de véritables fléaux sanitaires », s’inquiète Bernard Deladrière, en charge de la santé au sein du gouvernement de NouvelleCalédonie. « Chaque année, le nombre de diabétiques augmente de 6 % », poursuit-il. Dans cet archipel de 265.000 habitants, les données officielles font état de 20.000 personnes diabétiques, soit un adulte sur dix, dont près de la moitié ignore son état puisque seuls 12.000 diabétiques sont suivis.
Trop de gras et de sucre
« Le baromètre Santé réalisé en 2012 a révélé que 42 % des enfants de 12 ans étaient atteints par l’obésité », indique encore Bernard Deladrière. Selon lui, la communauté polynésienne est de loin la plus concernée, en raison de prédispositions génétiques. Mais il n’y a pas que cela. « Les gens mangent trop gras et trop sucré. Avec l’urbanisation et l’occidentalisation des communautés océaniennes, les gens ne vont plus aux champs, ils ne cultivent plus et achètent des aliments manufacturés », explique-t-il. Dans ce territoire, aux inégalités sociales profondes, les familles modestes peinent à acheter régulièrement fruits et légumes, largement plus onéreux que dans l’Hexagone.
L’espérance de vie recule
À Wallis et Futuna, deux minuscules îles polynésiennes de 12.187 âmes, la situation est encore plus dramatique.Un rapport de la Cour des Comptes de juin 2014 a révélé qu’entre 1980 et 2010, le diabète et l’obésité avaient doublé et la prévalence de l’hypertension, triplé. 60 % des habitants de l’archipel sont obèses. La Cour avait mis en exergue « la prise en charge défaillante de ces risques, au point que l’espérance de vie recule, un cas de figure unique en France ». « Le problème est venu progressivement, l’ouverture de supermarchés y a contribué. On recommande, par exemple, aux gens de chauffer les boîtes de corned beef importées de Nouvelle-Zélande pour enlever le gras », explique Serge Pruneau, directeur de la coordination des soins à l’hôpital de Wallis. L’ampleur de cette catastrophe sanitaire atteint des records à Nauru, Tonga, où le taux de personnes en surpoids ou obèses est compris entre 80 et 92 %. Le poids moyen des femmes est ainsi passé de 73,9 kg en 1973 à 95 kg en 2004, dans le petit royaume de Tonga.
Un problème de moyens

 « La télé, internet, les voitures ont rendu les habitants sédentaires et ils achètent ce qu’ils ont les moyens d’acheter, des aliments importés pas chers et de mauvaise qualité », souligne Paula Vivili, directrice par intérim de la Santé publique à la Communauté du Pacifique. Face à ce fléau, des programmes de prévention et de sensibilisation sont organisés mais ils se heurtent parfois aux règles du commerce international. Ainsi, en 2013, le gouvernement de Samoa avait interdit l’importation des queues de dinde très riches en graisses. Il a été contraint de revenir sur sa décision au motif qu’elle contrevenait aux règles de l’Organisation mondiale du commerce que Samoa venait d’intégrer…

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